
When i put my hands on your body est un poème de David Wojnarowicz extrait du film du même nom.
David Wojnarowicz est un activiste gay américain renommé de la scène underground de l’East Side à New York. Il fut le comparses d’autres artistes tels de que Nan Goldin, ou encore Lydia Lunch et Richard Kern issus du courant no wave. Il milita rageusement contre les méthodes d’ostracisation et d’humiliation du gouvernement américain (Reagan et Bush) envers les communautés touchées par le Sida dans les années 80 (gays, prostitué(e)s, vagabonds, drogués, etc.) Il imprègne ses poèmes visuels et sonores d’un imaginaire sexuel, offensif et violent et en dégageant délicatement les lieux d’une possible rédemption : la voix, le corps, la rencontre. Il meurt en 1992.
Extrait traduit de l’anglais :
« Quand je pose mes mains sur ton corps, sur ta chair, je sens l’histoire de ce corps. Pas seulement le début de sa formation dans ce lac lointain, mais jusqu’au bout, au-delà de sa fin. Je sens la chaleur et la texture, et en même temps je vois la chair se détacher des couches de graisse et disparaître. Je vois la graisse disparaître du muscle. Je vois le muscle disparaître tout autour des organes et se détacher des os. Je vois les organes progressivement devenir transparents, laissant apparaître un squelette éclatant, éclatant comme de l’ivoire, qui se dissout lentement jusqu’à devenir poussière. Je suis dévoré par la perception de ton poids , par la manière dont ta chair occupe l’espace momentané, par son entièreté sous mes paumes . Je suis stupéfait de voir comme ton corps se marie parfaitement aux courbes de mes mains. Si je pouvais attacher nos vaisseaux sanguins pour ne devenir qu’un, je le ferai. Si je pouvais attacher nos vaisseaux sanguins pour t’ancrer dans la terre, dans le moment présent, dans moi, je le ferai. Si je pouvais ouvrir ton corps, me glisser sous ta peau, voir à travers tes yeux et avoir mes lèvres soudées aux tiennes pour toujours, je le ferai. Ca me fait pleurer de sentir l’histoire de ta chair sous mes mains en ces temps de pertes. Ca me fait pleurer de sentir les mouvements de ta chair sous mes paumes, pendant que tu te tords, te retournes et t’agites pour atteindre mon cou et m’approcher de toi. Tous ces moments seront perdus dans le temps, comme des larmes dans la pluie. »
Diffusion le dimanche 02 octobre 2016 dans Radio Potlatch.