
Moto est un texte écrit par Guy Hocquenghem pour la revue Le Culbuteur en 1972. Republié dans L’Après-Mai des Faunes de Guy Hocquenghem aux Editions Grasset (1974).
Faire parler le pervers et réécrire ses désirs dans le langage repressif de la psychologie et de la psychanalyse. Nous disons repressif car il s’agit moins de se libérer par la parole que d’avouer ses penchants incompréhensibles pour leur donner un sens entendable par la société. Ce sens entendable est une désactivation du cheminement hors de la normalité de l’époque : la famille nucléaire papa-maman. C’est aussi une volonté de fournir au désir son petit berceau fataliste, la culpabilité occidentale vis-à-vis de tout ce qui le pousse à sortir l’homme de lui-même.
Extrait :
« Motos, motards, rocker (signifie « culbuteur » en anglais), dire vos vrombissements de révolte et de jouissance suppose qu’on vous débarrasse de votre harnachement d’explications sommaires. Ils nous interprètent, nous manipulent, prétendent nous expliquer, nous ramener à leurs sordides petites histoires de papa-maman… Ils ont presque réussis à nous donner mauvaise conscience. Ils : psychologues, sociologues, psychanalistes, éducateurs, de France-Soir aux congrès sur la délinquence des jeunes. Tous ceux pour qui la moto, c’est d’abord compensation, complexes d’Oedipe, tout sauf ce que c’est visiblement : une belle machine qui vrombit, qui bondit, qui transmet l’énergie à nos corps enfin débarrassés des culpablités. »
Diffusion le dimanche 18 septembre 2016 dans Radio Potlatch